Cinq mille ans d'histoire de l'art réunis sous un même toit, au bord de Central Park : voilà la promesse du Metropolitan Museum of Art, que les New-Yorkais appellent tout simplement « the Met ». Temple égyptien grandeur nature, chevaliers en armure à cheval, Vermeer, Rembrandt, Van Gogh, salon d'une demeure de Damas du XVIIIe siècle ou jardin chinois de style Ming : ici, chaque galerie est une porte vers une autre époque et un autre continent. Suivez le guide : histoire, chefs-d'œuvre immanquables et conseils pour réussir votre visite.
L'histoire du Metropolitan Museum of Art
Une ambition née en 1870
Le 13 avril 1870, l'État de New York accorde sa charte à une toute nouvelle institution : le Metropolitan Museum of Art. L'objectif de ses fondateurs est clair : offrir au peuple américain un grand musée d'art et une véritable éducation artistique. Parmi eux, des financiers comme Theodore Roosevelt Sr., père du futur président Theodore Roosevelt, et des artistes comme le peintre paysagiste Frederic Edwin Church.
Le musée ouvre ses portes le 20 février 1872, dans un bâtiment situé au 681 Fifth Avenue. À l'époque, le fonds se résume à un sarcophage romain en pierre et à 174 tableaux, pour la plupart européens, achetés en 1871. Mais les collections grossissent à toute vitesse : dès 1873, l'achat d'un vaste ensemble d'antiquités chypriotes oblige le Met à déménager dans une demeure de la 14e Rue Ouest, le Douglas Mansion.
Un palais qui n'a jamais cessé de grandir
Après des négociations avec la ville en 1871, le musée obtient un terrain à l'intérieur même de Central Park, le long de la Cinquième Avenue, entre les routes transversales de la 79e et de la 85e Rue. Il s'y installe en 1880, dans un premier bâtiment de brique rouge et de pierre dessiné par Calvert Vaux, l'un des créateurs de Central Park, et son collaborateur Jacob Wrey Mould.
La majestueuse façade de style Beaux-Arts que vous découvrirez sur la Cinquième Avenue, avec le Great Hall et le grand escalier, est l'œuvre de Richard Morris Hunt et de son fils Richard Howland Hunt, à la fin des années 1890 et au début des années 1900. Le cabinet McKim, Mead & White achève les ailes de cette façade en 1910, tandis que les grandes parois vitrées des côtés et de l'arrière, résolument modernes, portent la signature de l'agence Roche-Dinkeloo.
Résultat : plus de vingt bâtiments imbriqués, pour la plupart invisibles depuis la rue, qui s'étirent sur près de 400 mètres et offrent plus de 190 000 m² de surface. Fait étonnant, c'est la ville de New York qui est propriétaire de l'édifice, classé National Historic Landmark en 1986.
Un musée encyclopédique hors normes
Avec environ deux millions d'œuvres dans sa collection permanente, le Met est l'un des plus grands musées du monde. Dix-sept départements de conservation se partagent ce trésor, qui couvre l'Antiquité classique et l'Égypte ancienne, la quasi-totalité des maîtres européens de la peinture et de la sculpture, l'art américain et l'art moderne, sans oublier l'Afrique, l'Asie, l'Océanie, l'art byzantin et l'art islamique. Il accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs venus du monde entier.
Le musée possède aussi une seconde adresse, dans le nord de Manhattan : The Met Cloisters, entièrement consacré à l'art médiéval, installé dans le parc Fort Tryon.
Les trésors incontournables du Metropolitan Museum of Art
Le temple de Dendur, un voyage en Égypte au cœur de Manhattan
C'est la vision la plus spectaculaire du musée : un véritable temple égyptien de grès, reconstruit pierre par pierre dans une immense salle lumineuse. Commandé par l'empereur romain Auguste et achevé vers 10 avant notre ère, il était dédié à la déesse Isis et à deux frères nubiens divinisés, Pedesi et Pihor. Il se dressait à l'origine en Nubie, à environ 80 kilomètres au sud d'Assouan.
Menacé d'être englouti par les eaux du barrage d'Assouan, le temple est démonté en 1963 dans le cadre de la campagne internationale de l'UNESCO pour sauver les monuments de Nubie. En 1965, l'Égypte l'offre aux États-Unis pour remercier le pays de sa participation financière à ce sauvetage, et c'est Jacqueline Kennedy qui accepte le cadeau. S'ensuit une véritable compétition entre plusieurs villes américaines, surnommée par la presse le « Dendur Derby ». En 1967, le président Lyndon B. Johnson tranche en faveur du Met, qui proposait d'abriter le monument à l'intérieur, à l'abri des intempéries.
Les 661 blocs de grès, qui pèsent au total près de 600 tonnes, arrivent à New York en 1968. Le temple est inauguré dans sa nouvelle aile le 27 septembre 1978. Les architectes Kevin Roche et John Dinkeloo ont imaginé une mise en scène très symbolique : le bassin placé devant le temple évoque le Nil, le mur incliné à l'arrière rappelle les falaises du site d'origine, et une grande paroi vitrée ouvre sur Central Park. Approchez-vous des murs : vous y repérerez des graffitis laissés par des voyageurs européens du XIXe siècle, dont celui, bien visible, d'un officier de la marine britannique daté de 1817.
L'Égypte ancienne et William, la mascotte du Met
Autour du temple s'étend l'une des plus belles collections d'art égyptien au monde : plus de 26 000 pièces, du Paléolithique à l'époque ptolémaïque, présentées dans une quarantaine de galeries. Près de la moitié provient des fouilles menées par le musée lui-même entre 1906 et 1941. Ne manquez pas les modèles en bois découverts en 1920 dans une tombe de Thèbes : bateaux, jardins et scènes de la vie quotidienne y sont reproduits en miniature.
Et cherchez bien un petit hippopotame en faïence : surnommé William, il est devenu la mascotte officieuse du musée.
Les grands maîtres de la peinture européenne
Au premier étage, les galeries de peinture européenne rassemblent plus de 2 500 tableaux, du XIIIe au début du XXe siècle. Vous y croiserez la « Jeune femme à l'aiguière » de Johannes Vermeer, un autoportrait de Rembrandt de 1660, « Les Moissonneurs » de Pieter Bruegel l'Ancien (1565) ou encore le portrait de Juan de Pareja par Diego Velázquez, peint en 1650.
Les amateurs d'impressionnisme seront aux anges : le musée estime que sa collection de peinture française du XIXe siècle n'est surpassée que par celles des musées parisiens, avec des points forts chez Courbet, Degas, Manet, Monet, Cézanne et Van Gogh. Parmi les stars : l'« Autoportrait au chapeau de paille » de Vincent van Gogh (1887), un pont enjambant un bassin de nymphéas peint par Claude Monet en 1899, ou la célèbre « Petite Danseuse de quatorze ans » d'Edgar Degas, vêtue d'un vrai tutu.
L'American Wing et le célèbre Washington traversant le Delaware
Consacrée à l'art américain, l'American Wing s'ouvre sur la lumineuse cour Charles Engelhard. Son tableau le plus fameux est une toile monumentale : « Washington traversant le Delaware », peinte en 1851 par l'artiste germano-américain Emanuel Leutze. Elle représente le général George Washington et ses hommes franchissant le fleuve dans la nuit du 25 au 26 décembre 1776, juste avant la victoire de Trenton.
Son histoire est rocambolesque : la première version, conservée à Brême, a été détruite lors d'un bombardement en 1942. Celle du Met, une réplique grandeur nature, a attiré plus de 50 000 curieux dès son exposition à New York en 1851, avant d'être donnée au musée en 1897. Son impressionnant cadre surmonté d'un aigle a été reconstitué d'après une photographie de 1864 retrouvée en 2007. Petit jeu d'observation : le drapeau étoilé brandi dans la barque est un anachronisme, car ce modèle n'avait pas encore été adopté au moment de la traversée !
Ne quittez pas l'aile sans saluer « Madame X » de John Singer Sargent (1883-1884), l'une des œuvres phares de la collection.
Armes et armures : la parade des chevaliers
Le département des armes et armures compte parmi les plus populaires du musée, et on comprend vite pourquoi en entrant dans sa grande salle : une parade de cavaliers en armure, semble avancer vers vous. La collection réunit environ 14 000 objets, avec des pièces ayant appartenu à des souverains comme Henri VIII d'Angleterre ou Henri II de France. Ses points forts : l'Europe de la fin du Moyen Âge et le Japon.
Un tour du monde en quelques galeries
Le Met est une invitation au voyage. Côté Asie, ne manquez pas l'Astor Court, une cour-jardin complète de style Ming, inspirée d'une cour du Jardin du Maître des filets de Suzhou. Les galeries d'art islamique abritent la salle de Damas, un intérieur de maison syrienne du début du XVIIIe siècle entièrement reconstitué. L'aile Michael C. Rockefeller, elle, présente les arts d'Afrique, d'Océanie et des Amériques anciennes.
Les galeries grecques et romaines, qui comptent plus de 17 000 objets, vous attendent avec une chambre entière d'une villa de Boscoreale ensevelie lors de l'éruption du Vésuve en 79, le char étrusque de Monteleone ou encore des sculptures cycladiques si épurées qu'elles semblent modernes. Le tout premier objet inventorié par le musée, un sarcophage romain, y est toujours exposé.
Les mélomanes, enfin, filent vers la collection d'instruments de musique, l'une des rares de ce genre dans un grand musée d'art. On y admire plusieurs violons Stradivarius et le plus ancien piano conservé au monde, construit en 1720 par Bartolomeo Cristofori. Côté XXe siècle, le musée conserve notamment « Autumn Rhythm » de Jackson Pollock et le portrait de Gertrude Stein par Pablo Picasso.
Le Metropolitan Museum of Art, temple de la mode et de la fête
Le Costume Institute et le mythique Met Gala
Le Met s'intéresse aussi à la mode. Son Costume Institute est né de la fusion, en 1946, du musée avec le Museum of Costume Art, fondé par Aline Bernstein et Irene Lewisohn. Sa collection compte aujourd'hui plus de 35 000 costumes et accessoires. Trop fragiles pour être exposées en permanence, ces pièces sont présentées lors d'expositions thématiques consacrées à un créateur ou à un thème, comme « Alexander McQueen: Savage Beauty » ou « China: Through the Looking Glass ».
C'est aussi le Costume Institute qui organise chaque année le Met Gala, le célèbre gala de bienfaisance coprésidé par Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue. L'espace du Costume Institute porte d'ailleurs son nom depuis 2014. Si le gala est très exclusif, les expositions du Costume Institute, elles, sont ouvertes à tous les visiteurs.
Le sapin de Noël de la galerie médiévale
Si vous visitez New York pendant les fêtes de fin d'année, faites un détour par la grande galerie médiévale du rez-de-chaussée. Sous sa haute voûte, entre tapisseries et statues religieuses, le Met installe chaque année son sapin de Noël richement décoré, devenu une jolie tradition de la saison.
Le reste de l'année, cette galerie présente une partie des quelque 6 000 objets d'art médiéval du bâtiment principal, dont de nombreuses œuvres byzantines.
Préparer votre visite au Metropolitan Museum of Art
Comment se rendre au Met
Le musée se trouve sur la Cinquième Avenue, dans l'Upper East Side, en bordure de Central Park, sur ce tronçon surnommé le Museum Mile. Depuis l'est de Manhattan, le plus simple est de prendre les lignes de métro 4, 5 ou 6 jusqu'à la station 86th Street, puis de marcher trois blocs vers l'ouest jusqu'à la Cinquième Avenue : comptez une dizaine de minutes à pied. Les bus M1, M2, M3 et M4 desservent aussi le musée, en remontant la Cinquième Avenue jusqu'à la 82e Rue ou en descendant Madison Avenue jusqu'à la 83e Rue.
Depuis l'ouest de Manhattan, prenez la ligne 1 jusqu'à 86th Street puis le bus M86 qui traverse Central Park, ou bien la ligne C jusqu'à 81st Street et le bus M79 qui franchit le parc jusqu'à la Cinquième Avenue. Pour bien vous repérer entre métro et bus, consultez notre guide pour se déplacer facilement à New York.
Billets et formule « pay what you wish »
Pendant des décennies, chaque visiteur du Met pouvait payer le montant de son choix. Depuis 2018, cette formule « pay what you wish » est réservée aux résidents de l'État de New York ainsi qu'aux étudiants de New York, du New Jersey et du Connecticut. Les autres visiteurs s'acquittent d'un tarif fixe, avec des réductions pour les seniors et les étudiants, tandis que l'entrée est gratuite pour les enfants de 12 ans et moins.
Bonne nouvelle : votre billet donne accès aux expositions temporaires et vous permet d'entrer le même jour au Met Cloisters. Réserver en ligne n'est pas obligatoire, mais cela vous permet de vous rendre directement à l'entrée des galeries, sans passer par la billetterie.
→ Pour gagner du temps et profiter au maximum de votre journée, réservez dès maintenant votre visite du Metropolitan Museum of Art sur GetYourGuide.
Nos conseils pour réussir votre visite
Premier conseil : ne cherchez pas à tout voir, c'est mission impossible ! Mieux vaut choisir deux ou trois départements qui vous font vraiment envie et prendre le temps de les savourer. Le musée propose une carte interactive, un guide numérique gratuit et des visites guidées gratuites des collections. Avant de partir, parcourez la collection en ligne sur le site officiel du Metropolitan Museum of Art, qui offre en accès libre des centaines de milliers d'images d'œuvres.
Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite, avec des entrées de plain-pied au niveau de la 81e Rue et par le parking de la 80e Rue, où des fauteuils roulants peuvent être empruntés. En famille, le Met propose des parcours et un espace de jeux dédié aux plus jeunes, le 81st Street Studio : de quoi compléter un séjour à New York avec des enfants. Pensez enfin à vérifier les jours d'ouverture avant de vous déplacer : le musée ferme un jour par semaine, ainsi qu'à Thanksgiving, à Noël, le jour de l'An et le premier lundi de mai.
Que faire autour du Met ?
Le Metropolitan Museum of Art est idéalement placé pour une journée culturelle bien remplie. En remontant la Cinquième Avenue, vous croiserez la Neue Galerie et sa célèbre « Dame en or » de Klimt, puis la spirale blanche du musée Guggenheim, deux autres perles du Museum Mile.
Et pour souffler entre deux galeries, rien de tel qu'une balade dans Central Park, juste derrière le musée. Passionné d'Égypte ancienne, fan d'impressionnisme ou simple curieux : une visite du Metropolitan Museum of Art restera l'un des grands moments de votre voyage à New York.

_NYC.jpg)