Un globe terrestre géant en acier qui scintille au soleil, des tours futuristes surmontées de soucoupes volantes, des allées majestueuses héritées de deux Expositions universelles et, à deux pas, le stade où se joue chaque été l'un des plus grands tournois de tennis du monde : bienvenue à Flushing Meadows–Corona Park, dans le Queens. Ce parc immense, souvent appelé tout simplement Flushing Meadows, a une histoire incroyable : avant de devenir l'un des grands espaces verts de New York, il fut… une gigantesque décharge de cendres ! Prenez la ligne 7 du métro et partez à la découverte de ce lieu étonnant, loin des foules de Manhattan.
L'histoire de Flushing Meadows, de la décharge aux Expositions universelles
Des marais à la « vallée de cendres »
Le parc tire son nom des deux quartiers qu'il sépare : Flushing et Corona. Le nom « Flushing » est une déformation de Vlissingen, une ville portuaire des Pays-Bas, souvenir de l'époque où les colons néerlandais s'installèrent dans la région, à partir de 1640. À l'origine, le site n'était qu'une vaste zone de marais salants traversée par la rivière Flushing, formée lors des dernières glaciations et peuplée d'oiseaux aquatiques et de crabes violonistes.
Au début du XXe siècle, tout bascule. Vers 1907, l'entrepreneur Michael Degnon, dont la société a notamment construit le pont de Williamsburg, rachète de grandes parcelles de marais avec l'idée d'y créer un port industriel. Dès 1910, il fait combler les terrains avec des cendres de charbon domestiques et des balayures de rue venues de Brooklyn. Le projet de port est abandonné en 1917, mais les déversements continuent : en près de trente ans, environ 50 millions de yards cubes de cendres et de déchets s'accumulent sur le site. L'un des monticules, surnommé « Mount Corona », atteint 27 mètres de haut ! Les trains qui acheminaient ces cendres, souvent découverts, laissaient derrière eux un nuage de suie qui leur valut le surnom de « Talcum Powder Express ».
Un décor littéraire : la « vallée de cendres » de Gatsby
Ce paysage désolé a marqué la littérature américaine. C'est en effet ce dépotoir qui aurait inspiré à F. Scott Fitzgerald la célèbre « vallée de cendres » de son roman Gatsby le Magnifique, publié en 1925, où il décrit aussi la rivière Flushing, alors polluée, comme un petit cours d'eau nauséabond. Les riverains, eux, se plaignaient des odeurs, des rats et des moustiques : le site était considéré comme l'un des pires foyers de moustiques de toute la ville.
Robert Moses et l'Exposition universelle de 1939
C'est Robert Moses, le puissant commissaire des parcs de New York, qui imagine dès les années 1920 transformer ce terrain vague en un grand parc. Il rêve alors d'en faire un véritable « Central Park » pour les habitants du Queens et de Long Island. L'occasion se présente en 1935, lorsque le site est choisi pour accueillir l'Exposition universelle de 1939. Les travaux débutent le 16 juin 1936 : les monticules de cendres sont aplanis, deux lacs sont creusés, Meadow Lake et Willow Lake, et une grande partie de la rivière Flushing est détournée dans des conduites souterraines. Des milliers d'arbres sont transplantés et des milliers de pieux en sapin de Douglas sont enfoncés dans le sol marécageux pour porter les pavillons.
Le plan du site, dessiné par les architectes paysagistes Gilmore David Clarke et Michael Rapuano dans le style Beaux-Arts, s'organise autour de grandes allées rectilignes. Détail étonnant : ce tracé s'inspire du plan de la place Saint-Pierre de Rome imaginé par le Bernin. Au point central trônaient alors le Trylon et la Perisphere, les symboles de l'Exposition de 1939. Une partie des cendres restantes a d'ailleurs servi à construire les autoroutes qui entourent aujourd'hui le parc.
L'ONU à Flushing Meadows
Voici une anecdote que peu de visiteurs connaissent : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Organisation des Nations unies s'installe provisoirement à Flushing Meadows ! À partir de 1946, l'ancien bâtiment de la ville de New York, construit pour l'Exposition de 1939, accueille l'Assemblée générale des Nations unies. Robert Moses tente même de convaincre l'organisation d'y installer son siège définitif, mais le projet est rejeté, et l'ONU rejoint en 1951 son célèbre siège de Manhattan, que vous pouvez découvrir dans notre article pour visiter le siège de l'ONU à New York.
La deuxième Exposition universelle de 1964
En 1959, le site est de nouveau choisi, cette fois pour l'Exposition universelle de 1964. Clarke et Rapuano adaptent leur plan d'origine, et de nouvelles constructions voient le jour, dont l'Unisphere, le New York Hall of Science et le pavillon de l'État de New York. Début 1964, le conseil municipal ajoute « Corona » au nom du parc, qui devient officiellement Flushing Meadows–Corona Park : il s'agissait de réparer une injustice envers les habitants de Corona, qui avaient longtemps vécu près d'une décharge portant le nom de leur quartier, sans que celui-ci soit associé au nouveau site. Après l'Exposition, la plupart des pavillons sont démolis, et le parc ouvre au public le 3 juin 1967.
Les décennies suivantes sont plus difficiles : faute de moyens, notamment lors de la crise financière des années 1970, le parc se dégrade. Il faut attendre la fin des années 1980 et les années 1990 pour qu'un vaste programme de réhabilitation lui redonne son éclat, avec la restauration de l'Unisphere, l'aménagement de nouveaux terrains et d'aires de jeux. Aujourd'hui, Flushing Meadows–Corona Park conserve une grande partie du tracé hérité des deux Expositions universelles.
Que voir à Flushing Meadows : les incontournables du parc
L'Unisphere, le plus grand globe terrestre du monde
C'est la star du parc et le symbole officieux du Queens. Construit comme emblème de l'Exposition de 1964, dont le thème était « La paix par la compréhension », l'Unisphere est le plus grand globe terrestre du monde : 43 mètres de haut pour 37 mètres de diamètre, entièrement en acier inoxydable. Il est incliné de 23,5 degrés, soit l'inclinaison de l'axe de la Terre, et entouré de trois grands anneaux qui représenteraient les orbites de Youri Gagarine, premier homme dans l'espace, de John Glenn, premier Américain en orbite, et du satellite de télécommunication Telstar. Le globe se dresse au centre d'un bassin circulaire de 94 mètres de diamètre, bordé de 48 paires de jets d'eau.
L'idée est née d'un simple griffonnage : en septembre 1960, Gilmore D. Clarke esquisse une sphère armillaire au dos d'une enveloppe, à bord d'un avion entre l'Ohio et New York. Le globe est construit par l'American Bridge Company, filiale de U.S. Steel, entre mars et août 1963. Clin d'œil pour les lecteurs français : pendant le chantier, le président de U.S. Steel remit une distinction à un petit-fils de Gustave Eiffel, dont l'entreprise avait construit la tour Eiffel. Critiqué par les architectes à sa présentation, l'Unisphere a pourtant séduit le public dès le départ. Il est classé monument historique de New York depuis 1995 et se dresse à l'emplacement même de l'ancienne Perisphere de 1939.
Le pavillon de l'État de New York et ses « soucoupes volantes »
Juste au sud de l'Unisphere, vous ne pourrez pas manquer les étranges tours d'observation du pavillon de l'État de New York, construit pour l'Exposition de 1964. Leurs plateformes en forme de soucoupe ont connu une seconde vie au cinéma : dans le film Men in Black (1997), elles deviennent de véritables vaisseaux extraterrestres, avec lesquels un alien tente de s'échapper de la Terre… avant de s'écraser sur l'Unisphere ! Longtemps laissé à l'abandon, le pavillon a été repeint en jaune en 2015 puis a bénéficié de travaux de rénovation. À son extrémité nord, l'ancien « Theaterama » de l'Exposition abrite aujourd'hui le Queens Theatre in the Park.
Le Queens Museum et son incroyable maquette de New York
Face à l'Unisphere, à l'ouest, se trouve le Queens Museum, installé dans l'ancien bâtiment de la ville de New York, celui-là même qui accueillit l'Assemblée générale de l'ONU. C'est l'un des deux seuls bâtiments de l'Exposition de 1939 encore debout, et le seul resté à son emplacement d'origine. Sa pièce maîtresse est le Panorama of the City of New York, une gigantesque maquette de toute la ville réalisée pour l'Exposition de 1964, que le musée met encore à jour de temps en temps. Un vrai régal pour repérer d'en haut les lieux que vous avez visités !
Le New York Hall of Science et les autres vestiges de 1964
À l'extrémité nord du parc, le New York Hall of Science, fondé lors de l'Exposition de 1964, fonctionne toujours à son emplacement d'origine. D'autres souvenirs de cette époque ponctuent votre balade : le carrousel de Flushing Meadows, installé pour l'Exposition, tourne toujours dans la partie nord-ouest du parc, et plusieurs sculptures de 1964 jalonnent les allées, comme le Rocket Thrower de Donald De Lue. Les allées principales, qui rayonnent autour de l'Unisphere, mènent également aux Fountains of the Fairs et, plus à l'est, à la Fountain of the Planets.
Sport et nature à Flushing Meadows–Corona Park
L'US Open et le Billie Jean King National Tennis Center
Pour les amateurs de tennis, Flushing Meadows est un nom mythique. Depuis 1978, c'est ici que se déroule l'US Open, le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison, qui a lieu chaque année à la fin du mois d'août et au début du mois de septembre. Le tournoi a quitté le West Side Tennis Club de Forest Hills pour s'installer dans le parc, d'abord dans l'ancien Singer Bowl, une construction de l'Exposition de 1964 rebaptisée Louis Armstrong Stadium. Le court central, l'Arthur Ashe Stadium, a ouvert en 1997. Depuis 2006, le complexe porte le nom de la championne Billie Jean King. Devant l'entrée, la sculpture Soul in Flight d'Eric Fischl, dévoilée en 2000, rend hommage à Arthur Ashe.
Citi Field, le stade des New York Mets
À l'extrémité nord du parc se dresse Citi Field, le stade des New York Mets depuis 2009. Il a remplacé Shea Stadium, l'ancien antre des Mets, démoli la même année. Si vous êtes fan de baseball, vous pourrez ainsi comparer l'ambiance des deux grandes équipes de la ville en complétant votre séjour par une visite du Yankee Stadium dans le Bronx. Dans le parc, les nombreux terrains de sport reflètent la diversité du Queens : le football et le cricket y sont particulièrement populaires. Le parc abrite aussi un centre aquatique ouvert en 2008, avec une piscine olympique couverte et une patinoire.
Meadow Lake et Willow Lake, la nature au sud du parc
La partie sud du parc est occupée par deux grands lacs creusés pour l'Exposition de 1939. Autour de Meadow Lake s'étendent pelouses, aires de pique-nique et pistes cyclables, reliées à la Brooklyn–Queens Greenway. Le lac possède une maison des bateaux datant de 1939, où il est possible de louer des barques et des pédalos. Chaque été, Meadow Lake accueille le festival de bateaux-dragons de Hong Kong à New York, un spectacle haut en couleur. Plus au sud, Willow Lake est une réserve naturelle, bordée d'un sentier de découverte, où arbres et arbustes à baies attirent de nombreux oiseaux migrateurs.
Le zoo et le jardin botanique du Queens
Le parc abrite également le Queens Zoo, dans sa partie ouest, et le Queens Botanical Garden, à l'est, créé lui aussi à l'occasion de l'Exposition de 1964. Avec ses nombreuses aires de jeux, Flushing Meadows Park est une excellente sortie à faire en famille. Si vous aimez les grands espaces verts de la ville, retrouvez toutes nos idées dans notre guide des parcs de New York.
Visiter Flushing Meadows : infos pratiques et conseils
Comment se rendre à Flushing Meadows–Corona Park
Le parc se trouve dans le nord du Queens, à l'est de Manhattan. Le moyen le plus simple d'y aller est de prendre la ligne 7 du métro, qui traverse le Queens depuis Times Square et Grand Central, jusqu'à la station Mets–Willets Point, située à l'extrémité nord du parc, juste à côté de Citi Field et du centre de tennis. Pour rejoindre directement le Hall of Science et la partie ouest du parc, descendez plutôt à la station 111th Street, toujours sur la ligne 7, située juste en dehors du parc. La gare Mets–Willets Point est également desservie par la ligne Port Washington du Long Island Rail Road. Plusieurs lignes de bus traversent le parc, dont le Q90, qui dessert Citi Field et le centre de tennis. Depuis ces stations, comptez une courte marche à travers les allées pour atteindre l'Unisphere, repère idéal au cœur du parc.
Adresse : Flushing Meadows Corona Park, Queens, NY 11368
Le parc est entièrement ceinturé d'autoroutes et compte peu d'entrées depuis les quartiers voisins, un héritage des Expositions universelles, dont l'accès était contrôlé. Mieux vaut donc arriver par le métro et repérer votre itinéraire à l'avance, d'autant que le site est très vaste : sa superficie est estimée à 363 hectares. Le parc est géré par le département des parcs de la ville de New York : retrouvez toutes les informations à jour sur les équipements et les événements sur le site officiel de NYC Parks consacré au parc.
Quand venir et quels événements ?
Le parc est ouvert toute l'année, mais c'est aux beaux jours qu'il prend vraiment vie. En été, les familles envahissent les pelouses et les lacs, le festival des bateaux-dragons anime Meadow Lake et, depuis 2015, le Queens Night Market propose le soir un grand marché de cuisines venues de dizaines de pays. À la fin de l'été, l'US Open attire les foules autour du centre de tennis. Si vous souhaitez profiter du parc au calme, évitez plutôt les jours de match ou de tournoi, où les abords de la station Mets–Willets Point sont très fréquentés.
Côté pratique, prévoyez de bonnes chaussures : les distances entre les différents points d'intérêt sont importantes, et une demi-journée n'est pas de trop pour découvrir l'Unisphere, le Queens Museum et le pavillon de l'État de New York, puis flâner autour de Meadow Lake. Pensez à emporter de l'eau et de quoi vous protéger du soleil en été, les grandes allées étant souvent peu ombragées.
Un décor de cinéma et de séries
Ne soyez pas surpris si le décor vous semble familier : Flushing Meadows est une star du grand et du petit écran. Outre Men in Black et sa suite Men in Black 3, le parc apparaît dans l'univers Marvel, où il accueille la Stark Expo d'Iron Man 2, également présente dans Captain America : First Avenger et brièvement dans Spider-Man : Homecoming. L'Unisphere figure aussi dans le générique de la série culte Un gars du Queens (The King of Queens) et dans de nombreux clips de hip-hop new-yorkais. Retrouvez d'autres décors célèbres dans notre carte des lieux de tournage à New York.
Ancienne décharge devenue vitrine du monde entier, rêve de Robert Moses qui voulait offrir au Queens son propre Central Park, Flushing Meadows–Corona Park est un concentré d'histoire, de culture populaire et de grands espaces. Une escapade idéale pour découvrir un autre visage de New York, à quelques stations de métro de Manhattan !

