Vous pensiez avoir fait le tour des espaces verts new-yorkais avec Central Park ? Attendez de pousser les grilles du Brooklyn Botanic Garden ! Niché au cœur de Brooklyn, entre Prospect Park et le Brooklyn Museum, ce jardin botanique d'une vingtaine d'hectares est un véritable voyage autour du monde végétal. Pont vermillon et carpes koï d'un jardin japonais plus que centenaire, pluie de pétales roses sous les cerisiers au printemps, roseraie parfumée, serres où l'on passe du désert à la forêt tropicale en quelques pas… Suivez le guide pour découvrir ce havre de paix que les New-Yorkais adorent et que trop de visiteurs oublient encore.
L'histoire du Brooklyn Botanic Garden
D'une décharge de cendres à un jardin d'exception
Difficile à croire en se promenant aujourd'hui dans ses allées fleuries, mais le terrain qu'occupe le jardin servait autrefois de décharge de cendres. Au XIXe siècle, plusieurs projets de jardin botanique avaient vu le jour à Brooklyn, alors ville indépendante, sans jamais aboutir durablement. Il faut attendre 1897 pour que la législature de l'État de New York réserve officiellement une parcelle à un jardin botanique, à côté du futur Brooklyn Museum.
Le projet prend forme au tournant du siècle, sous l'égide du Brooklyn Institute of Arts and Sciences, l'institution qui gérait aussi le musée voisin. Le cabinet paysagiste des Olmsted Brothers, héritiers de Frederick Law Olmsted, le co-concepteur de Central Park et de Prospect Park, dessine le plan d'origine, tandis que la célèbre agence d'architectes McKim, Mead & White conçoit les bâtiments. Le premier directeur, le botaniste C. Stuart Gager, rêve d'un véritable manuel de botanique vivant, qui soit aussi beau qu'instructif.
La première section du jardin ouvre le 13 mai 1911, une date choisie pour coïncider avec l'anniversaire du naturaliste suédois Carl von Linné, père de la classification des plantes. Petit clin d'œil que les amateurs de botanique apprécieront !
Un siècle d'agrandissements et de métamorphoses
Durant ses trois premières décennies, le jardin ne cesse de s'enrichir, en grande partie sous la houlette de l'architecte paysagiste Harold Caparn. Le jardin japonais ouvre en 1915, le jardin de rocaille en 1916, le jardin de Shakespeare en 1925 et la grande roseraie en 1928. L'esplanade des cerisiers voit le jour en 1941, puis le jardin des senteurs en 1955.
Après une période plus difficile dans les années 1960 et 1970, le jardin connaît un nouvel élan à partir des années 1980 : une grande serre moderne est inaugurée en 1988, les jardins historiques sont restaurés les uns après les autres, et un centre d'accueil des visiteurs à la toiture végétalisée, signé par l'agence Weiss/Manfredi, ouvre ses portes en 2012. En 2014, année du centenaire de son jardin des enfants, le jardin botanique de Brooklyn reçoit la National Medal for Museum and Library Service, l'une des plus hautes distinctions américaines pour les institutions culturelles.
Les jardins incontournables du Brooklyn Botanic Garden
Le jardin japonais (Japanese Hill-and-Pond Garden)
C'est le joyau du site, et sans doute l'endroit le plus photographié du jardin. Conçu par le paysagiste japonais Takeo Shiota et ouvert en 1915, le Japanese Hill-and-Pond Garden compte parmi les premiers jardins japonais créés dans un jardin botanique public américain. Il a été financé par Alfred Tredway White, l'un des grands bienfaiteurs du lieu.
Sur environ 1,2 hectare, tout invite à la contemplation : trois collines artificielles symbolisant la terre, le ciel et l'humanité, une cascade, des ponts de bois, des lanternes de pierre, un pavillon d'observation et, surtout, un torii vermillon qui semble flotter sur l'étang. Des centaines de carpes koï y évoluent, et une petite île, l'île de la Tortue, porte une lanterne de granit. Un sanctuaire shinto dédié à Inari, la divinité associée au renard, complète le décor. Ne manquez pas non plus la grande lanterne installée en 1980 pour célébrer le jumelage entre New York et Tokyo.
Anecdote historique : pendant la Seconde Guerre mondiale, le jardin a été fermé au public en raison du sentiment anti-japonais de l'époque, et rebaptisé un temps « Oriental Garden ». Restauré en profondeur au tournant des années 2000, il a retrouvé toute sa sérénité.
Les cerisiers en fleurs : Cherry Esplanade et Cherry Walk
Si vous visitez New York au printemps, c'est ici qu'il faut venir ! Le jardin compte plus de 200 cerisiers représentant 42 espèces et variétés asiatiques, répartis principalement le long de la Cherry Walk et sur la Cherry Esplanade. Les premiers arbres, une trentaine, ont été plantés en 1921. L'esplanade, créée en 1941, aligne quant à elle des rangées de grands cerisiers de part et d'autre d'une vaste pelouse, avec une fontaine en calcaire en son centre.
Comme les variétés ne fleurissent pas toutes en même temps, la floraison s'étale selon la météo de fin mars ou début avril jusqu'à la mi-mai. Pour ne pas rater le pic, le site officiel du jardin propose une carte interactive, baptisée CherryWatch, qui indique l'état de floraison de chaque arbre. Dans l'esprit du hanami japonais, la tradition consiste simplement à venir admirer les fleurs, à pique-niquer du regard sous les branches et à profiter de ce spectacle éphémère.
La roseraie Cranford (Cranford Rose Garden)
Inaugurée en 1928, la roseraie porte le nom de Walter V. Cranford, un ingénieur dont l'entreprise a construit de nombreux tunnels du métro de Brooklyn, et qui a financé sa création. Dessinée par Harold Caparn et l'horticulteur Montague Free, elle a longtemps figuré parmi les plus grandes roseraies publiques des États-Unis.
On y déambule entre des centaines de variétés de roses, des plus anciennes aux plus récentes, sous les arceaux et les treillages. Amusez-vous à repérer les roses baptisées en l'honneur de célébrités, comme l'actrice Angela Lansbury, l'humoriste George Burns ou la cheffe Julia Child. Au sud de l'esplanade des cerisiers, un petit bassin entouré de massifs de roses disposés en arc de cercle complète la visite.
Le jardin de Shakespeare et le jardin des senteurs
Voici un jardin qui ravira les amoureux de littérature ! Financé à l'origine par Henry Clay Folger, fondateur de la Folger Shakespeare Library de Washington, le Shakespeare Garden rassemble plus de 80 plantes citées dans les pièces et les poèmes du dramaturge anglais. Aménagé comme un jardin de cottage anglais, il a été déplacé en 1979 à son emplacement actuel, près du jardin japonais. Chaque plante est accompagnée d'une étiquette donnant son nom courant, son nom latin, son nom shakespearien et la citation où elle apparaît. C'est l'un des deux jardins de Shakespeare de la ville, l'autre se trouvant dans le célèbre Central Park de Manhattan.
Juste à côté, le jardin des senteurs (Fragrance Garden), conçu par la paysagiste Alice Recknagel Ireys, a été le premier jardin des États-Unis pensé pour les personnes malvoyantes. Les massifs surélevés, accessibles en fauteuil roulant, sont accompagnés de panneaux en braille, et l'on est invité à toucher et froisser les feuilles pour en libérer le parfum. Quatre thèmes s'y côtoient : les plantes à toucher, les feuillages parfumés, les fleurs odorantes et les herbes aromatiques.
Le jardin de la flore indigène (Native Flora Garden)
C'est par lui que tout a commencé en 1911, et il fut le premier du genre en Amérique du Nord. Le Native Flora Garden présente les plantes originaires de la région de New York, organisées depuis un réaménagement de 1931 en différents milieux naturels : tourbière, étang, prairie sèche, forêt de feuillus ou encore « pine barrens », ces landes à pins typiques de la côte Est. Une extension ouverte en 2013 y a ajouté une prairie d'herbes hautes et un petit pont de bois. Une plongée étonnante dans les paysages que connaissaient les premiers habitants de la région.
Et encore bien d'autres surprises
Le jardin regorge de coins à explorer. Au nord, l'Osborne Garden, un jardin à l'italienne orné de pergolas et de hautes colonnes, cache une curiosité : ses bancs de pierre disposés en demi-cercle, surnommés les « whispering chairs », permettent à deux personnes assises aux extrémités de s'entendre parfaitement en chuchotant. Essayez, c'est bluffant ! Tout près, une collection de lilas embaume le printemps.
Plus loin, le jardin de rocaille met en scène des blocs erratiques laissés par les glaciers de la dernière période glaciaire, tandis que le Celebrity Path, un chemin pavé de pierres gravées, rend hommage aux personnalités originaires de Brooklyn, de Walt Whitman à Barbra Streisand. Montez aussi jusqu'au Robert W. Wilson Overlook, un belvédère aménagé au-dessus du centre d'accueil, puis descendez vers le Water Garden, une zone humide au sud du site. Petit détail écolo : depuis 2019, l'eau du ruisseau qui traverse le jardin est recirculée du Water Garden vers le jardin japonais. Enfin, cherchez la bande de bronze qui traverse un sentier à l'ouest du jardin : elle marque l'ancienne limite entre les villes de Brooklyn et de Flatbush.
Les serres et bâtiments du Brooklyn Botanic Garden
Le Steinhardt Conservatory, un tour du monde sous verre
Inauguré en 1988, le Steinhardt Conservatory est le refuge idéal par temps froid ou pluvieux. Ses trois pavillons octogonaux reproduisent chacun un climat : une forêt tropicale avec sa cascade, un désert peuplé de cactus et de plantes succulentes d'Amérique et d'Afrique du Nord, et un pavillon tempéré consacré aux plantes méditerranéennes. Les pavillons sont reliés entre eux par des passages souterrains, ce qui ajoute une petite touche d'aventure à la visite.
Le bâtiment principal abrite l'un des trésors du lieu : le C. V. Starr Bonsai Museum. La collection de bonsaïs du jardin, lancée en 1925 grâce au don de 32 arbres miniatures, est la deuxième plus ancienne des États-Unis. Elle compte aujourd'hui plusieurs centaines de spécimens, dont une partie est exposée en rotation. On y trouve aussi une serre aquatique avec des orchidées et des plantes carnivores, ainsi que le Trail of Evolution, un parcours qui retrace l'évolution des plantes sur des milliards d'années.
La Palm House et le bâtiment administratif
Face à Washington Avenue, deux édifices historiques signés McKim, Mead & White rappellent les débuts du jardin. La Palm House, la toute première serre du site, achevée dans les années 1910, a été transformée en espace d'événements et de réceptions : c'est l'un des lieux de mariage les plus prisés de Brooklyn.
Juste à côté, le Laboratory Administration Building, de style néo-toscan, est classé monument historique par la ville de New York depuis 2007. Levez les yeux vers sa frise : on y lit les noms de 68 botanistes célèbres, choisis par un vote en 1911. Devant l'édifice, la Magnolia Plaza réunit de nombreux magnoliers autour d'une sphère armillaire en bronze. Le jardin a d'ailleurs créé ses propres variétés, dont le magnolia 'Elizabeth', aux fleurs jaunes, breveté en 1977.
Un jardin pensé pour les enfants
Le Brooklyn Botanic Garden a toujours eu une vocation éducative. Son Children's Garden, fondé en 1914 par l'éducatrice Ellen Eddy Shaw, est le plus ancien jardin pour enfants des États-Unis : chaque saison, de jeunes jardiniers y cultivent leur propre parcelle de légumes. Pour les familles de passage, le Discovery Garden, près de l'entrée de Flatbush Avenue, propose un parcours ludique entre prairie, marais et sous-bois, avec une passerelle en bois qui serpente autour de grands arbres.
Préparer sa visite au Brooklyn Botanic Garden
Quelle saison choisir ?
Le printemps est évidemment la saison reine, avec la floraison des cerisiers, des magnolias et des lilas. C'est aussi la période la plus fréquentée, surtout le week-end : mieux vaut arriver tôt. Pour préparer un séjour à cette période, jetez un œil à notre guide pour visiter New York au printemps et voir les cerisiers en fleurs.
L'été, place aux roses, aux nymphéas des bassins de la Lily Pool Terrace et aux prairies en fleurs. L'automne offre de superbes couleurs, notamment dans les jardins boisés, et l'hiver reste agréable grâce aux serres chauffées. Le jardin accueille aussi des événements saisonniers, dont des parcours d'illuminations en fin d'année. L'entrée est payante, et les jours d'ouverture comme les tarifs sont à vérifier avant votre venue sur le site officiel du Brooklyn Botanic Garden.
Comment se rendre au jardin botanique de Brooklyn
Le jardin se trouve à la limite des quartiers de Crown Heights, Prospect Heights et Park Slope, en plein centre de Brooklyn. Il est bordé par Eastern Parkway au nord, Washington Avenue à l'est, Empire Boulevard au sud et Flatbush Avenue au sud-ouest, et compte trois entrées : sur Eastern Parkway, sur Flatbush Avenue et sur Washington Avenue. En métro, depuis Manhattan, prenez les lignes 2 ou 3 jusqu'à la station Eastern Parkway–Brooklyn Museum, qui débouche juste à côté de l'entrée nord. Autre option : les lignes B ou Q jusqu'à la station Prospect Park, à deux pas de l'entrée de Flatbush Avenue, ou les lignes 4 et 5 jusqu'à Franklin Avenue, à quelques minutes de marche à l'est du jardin. Plusieurs bus desservent aussi le secteur, dont les B41 sur Flatbush Avenue et B48 sur Eastern Parkway. Certaines entrées pouvant être temporairement fermées, pensez à consulter le site officiel pour savoir laquelle utiliser.
Combiner la visite avec le Brooklyn Museum et Prospect Park
L'un des grands atouts du Brooklyn Botanic Garden, c'est son voisinage. Le jardin partage le même grand pâté de maisons que le Brooklyn Museum, l'un des plus grands musées de New York, et la bibliothèque centrale de Brooklyn. Le jardin propose d'ailleurs un billet permettant de visiter le jardin et le musée le même jour : de quoi alterner chefs-d'œuvre et parterres fleuris.
De l'autre côté de Flatbush Avenue s'étend Prospect Park, le grand poumon vert de Brooklyn, idéal pour prolonger la balade ou pique-niquer. Et si vous avez le virus de la botanique, ne manquez pas son grand frère du Bronx, le New York Botanical Garden, bien plus vaste mais très différent dans l'esprit.
Plus intime, plus facile à parcourir en une demi-journée et d'une grande diversité, le jardin botanique de Brooklyn est une escale parfaite pour souffler loin de l'agitation de Manhattan. Retrouvez d'autres idées de balades au vert dans notre sélection des plus beaux parcs de New York, et laissez-vous surprendre par cette facette fleurie et apaisante de la Big Apple !
Article co-rédigé avec l'aide d'une IA, vérifié et enrichi par notre équipe.

