Le Staten Island Ferry : la plus belle croisière gratuite de New York

Mis à jour le 02/09/2026

Imaginez : vous montez à bord d'un immense bateau orange, vous vous installez côté tribord, et pendant vingt-cinq minutes la baie de New York défile sous vos yeux — les tours de Lower Manhattan qui s'éloignent, Ellis Island, puis la statue de la Liberté qui grandit à l'horizon. Le tout sans débourser un centime. Ce petit miracle new-yorkais porte un nom : le Staten Island Ferry. Ce n'est ni une croisière touristique ni une attraction pensée pour les visiteurs, mais une ligne de transport public à part entière, empruntée chaque jour par des milliers de New-Yorkais qui vont travailler. Et c'est précisément ce qui en fait l'une des expériences les plus authentiques et les plus spectaculaires de votre séjour.

 


Le Staten Island Ferry, deux siècles de traversées dans la baie

Avant les ponts, avant les tunnels, avant même la ville de New York telle qu'on la connaît aujourd'hui, il y avait les bateaux. Staten Island est une île, séparée de Manhattan par plusieurs kilomètres d'eau, et la seule façon d'aller de l'une à l'autre a longtemps été de traverser la baie. L'histoire de cette liaison est celle d'une ville entière qui grandit autour de son port.

Cornelius Vanderbilt, un adolescent et cent dollars

Au XVIIIe siècle, la traversée était assurée par des particuliers à bord de « periaugers », de petits voiliers à deux mâts et à faible tirant d'eau utilisés un peu partout dans le port de New York. C'est dans l'un de ces bateaux qu'un jeune homme de Stapleton, sur Staten Island, apprend à naviguer aux côtés de son père. Il s'appelle Cornelius Vanderbilt, il a seize ans, et en mai 1810 on lui offre cent dollars pour son anniversaire. Il les investit aussitôt dans l'achat d'un periauger baptisé Swiftsure et se met à transporter des passagers entre Staten Island et la pointe sud de Manhattan.

Ses concurrents, amusés par son énergie, le surnomment « Commodore ». Le sobriquet lui restera toute sa vie — y compris quand il sera devenu l'un des hommes les plus riches du monde. La guerre de 1812 lui offre l'occasion de transporter des marchandises sur l'Hudson, il réinvestit ses bénéfices, achète d'autres bateaux, et pose sans le savoir les bases d'un empire des transports.

Le premier bateau à vapeur et la valse des compagnies

Pendant ce temps, le vice-président des États-Unis Daniel D. Tompkins obtient une charte pour la Richmond Turnpike Company, avec l'objectif de développer le village de Tompkinsville sur Staten Island. La compagnie est constituée en 1815 et obtient le droit d'exploiter une liaison vers New York. En 1817, elle met en service le premier bateau à moteur entre les deux rives : le Nautilus, commandé par le capitaine John DeForest, qui se trouve être le beau-frère de Vanderbilt. C'est cette date de 1817 que l'on retient comme acte de naissance de la ligne.

Vanderbilt, lui, revient par la grande porte : il prend le contrôle de la Richmond Turnpike Company en 1838. En 1853, sa compagnie fusionne avec ses deux concurrentes, puis l'ensemble passe en 1864 sous la coupe de la compagnie de chemin de fer de Staten Island, avant d'être racheté en 1884 par le Baltimore and Ohio Railroad. À chaque génération, le service change de mains, s'agrandit, et transporte toujours plus de monde.

Staten Island Ferry
Le ferry pour Staten Island

Cette période n'est pas exempte de drames. Le 30 juillet 1871, la chaudière du ferry Westfield II explose alors que le bateau est à quai à South Ferry, faisant plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés. Parmi eux, un immigré italien nommé Antonio Meucci, alors occupé à mettre au point un appareil pour transmettre la voix à distance : trop pauvre pour se soigner, il verra sa femme vendre son laboratoire et son prototype de téléphone pour acheter des médicaments. Trente ans plus tard, en juin 1901, un autre ferry, le Northfield II, est éperonné en quittant Whitehall et coule en dix minutes. L'accident sera la goutte d'eau.

1905 : la ville de New York prend la barre

Excédés par un service qu'ils jugent dangereux, les habitants de Staten Island réclament la municipalisation. Après des années de débats, une loi votée en 1903 autorise la ville à reprendre l'exploitation. Cinq navires flambant neufs sont commandés, baptisés d'après les cinq arrondissements de New York : Bronx, Brooklyn, Manhattan, Queens et Richmond. Le 25 octobre 1905, la municipalité prend officiellement possession de la ligne et des terminaux, et les nouveaux bateaux effectuent leur voyage inaugural. Depuis, le service n'a jamais quitté le giron public : il est aujourd'hui géré par le département des transports de la ville.

Dans les décennies suivantes, les ferries new-yorkais disparaissent un à un, victimes de la voiture, des ponts et des tunnels. La liaison vers Brooklyn par la 69e Rue ferme en 1964, peu après l'ouverture du pont Verrazzano-Narrows. En 1967, la ligne St. George – Whitehall est tout simplement le dernier ferry de banlieue de toute la ville. Elle a survécu pour une raison simple : elle reste le seul lien direct entre Staten Island et le reste de New York.

Du nickel à la gratuité

Pendant l'essentiel des XIXe et XXe siècles, la traversée était réputée pour être la meilleure affaire de New York : elle coûtait cinq cents, soit un « nickel », exactement le prix d'un ticket de métro. Le tarif est resté à ce niveau pendant des décennies, même après que le métro eut doublé le sien en 1948. Il passe à 25 cents l'aller-retour en 1975, puis à 50 cents en 1990 — une décision très mal vécue sur l'île. En juillet 1997, dans le cadre de la réforme tarifaire « one-city, one-fare » qui généralise les correspondances gratuites entre modes de transport, le péage passager est supprimé purement et simplement. Les tourniquets sont démontés, et depuis, la traversée est entièrement gratuite pour tout le monde, résidents comme visiteurs.

Que voit-on depuis le Staten Island Ferry ?

C'est évidemment la vraie raison pour laquelle ce bateau figure dans tous les guides. La ligne traverse la baie de New York sur 8,4 kilomètres, en plein milieu du plan d'eau le plus photographié des États-Unis. Installez-vous sur le pont extérieur, appareil photo à la main, et laissez faire.

La statue de la Liberté et Ellis Island en ligne de mire

Peu après le départ de Manhattan, le bateau passe à bonne distance de Liberty Island. Vous ne débarquerez pas au pied de la Dame de fer — pour cela il faut réserver la visite de la statue de la Liberté et emprunter un bateau spécifique — mais la vue depuis le pont supérieur est superbe, avec le monument détaché sur l'horizon et la skyline en arrière-plan. Juste à côté se profile Ellis Island, l'ancien poste d'immigration transformé en musée de l'immigration : douze millions de personnes y ont posé le pied avant d'entrer aux États-Unis, et beaucoup ont vu la baie exactement sous cet angle.

Le skyline de Lower Manhattan et le pont Verrazzano-Narrows

 

En vous plaçant à l'arrière du bateau au départ, vous assistez à l'un des plus beaux spectacles de la ville : les gratte-ciel de Lower Manhattan qui reculent lentement et se recomposent en une silhouette compacte. Sur la droite apparaissent les tours de Jersey City, sur la gauche Governors Island, et au loin, vers le sud-est, la longue courbe du pont Verrazzano-Narrows qui ferme la baie. Au retour vers Manhattan, c'est l'inverse : la ville grossit à vue d'œil pendant vingt minutes, et c'est franchement grisant.

Le coucher de soleil et la tombée de la nuit sont des moments particulièrement recommandés, quand les façades s'allument une à une. Comme le service fonctionne 24 heures sur 24, rien ne vous empêche de faire la traversée tard le soir : c'est d'ailleurs devenu une petite tradition new-yorkaise du samedi soir.

staten island ferry new york
Départ du Ferry pour Staten Island


Un décor de cinéma

Avec un tel arrière-plan, le bateau a naturellement attiré les caméras. On le voit dans Working Girl (1988), où Melanie Griffith l'emprunte chaque matin pour aller conquérir Manhattan, dans Comment se faire larguer en 10 leçons (2003), ou encore dans Spider-Man: Homecoming (2017), qui lui offre l'une de ses séquences d'action les plus mémorables. Beaucoup d'autres films et séries l'utilisent simplement comme plan d'ouverture pour dire « nous sommes à New York ». Si le sujet vous intéresse, notre page sur les lieux de tournage célèbres de New York recense bien d'autres décors du même genre.

Prendre le Staten Island Ferry : le guide pratique

Bonne nouvelle : il n'y a ni billet à acheter, ni réservation à faire, ni file d'attente à réserver des semaines à l'avance. Il suffit de se présenter au terminal. Quelques repères vous éviteront tout de même de perdre du temps.

Les bateaux et les deux terminaux

La flotte compte neuf navires répartis en quatre classes. Les plus imposants appartiennent à la classe Barberi — l'Andrew J. Barberi et le Samuel I. Newhouse, mis en service au début des années 1980 — capables d'embarquer jusqu'à 6 000 passagers chacun. Les deux plus petits, l'Alice Austen et le John A. Noble, surnommés « les petits bateaux », datent de 1986 et portent les noms d'une photographe et d'un peintre de marine de Staten Island ; ils assurent surtout les rotations nocturnes. Les plus récents forment la classe Ollis, nommée en hommage à un sergent de l'armée américaine originaire de l'île : le SSG Michael H. Ollis et le Sandy Ground sont entrés en service en 2022, le Dorothy Day en 2023.

Côté Manhattan, le terminal de Whitehall occupe la pointe sud de l'île, à deux pas de Battery Park et du Château Clinton. Le bâtiment d'origine, de style Beaux-Arts, avait été achevé à la fin des années 1900 ; ravagé par un incendie en 1991, il a été remplacé par le terminal actuel, dessiné par l'architecte Frederic Schwartz et inauguré en février 2005, avec son grand hall vitré tourné vers la baie et la place Peter Minuit à ses pieds. Côté Staten Island, le terminal de St. George remonte à 1886 : l'endroit avait été choisi parce que c'est là que l'île est la plus proche de Manhattan, à environ huit kilomètres. Le quartier doit son nom au financier George Law, associé au projet.

Comment s'y rendre

Depuis Manhattan, tout converge vers l'extrémité sud de l'île. Le plus simple est la ligne 1 du métro, dont le terminus South Ferry débouche littéralement devant l'entrée du terminal : vous n'avez pas un mètre à faire dehors. Les lignes R et W s'arrêtent à Whitehall Street–South Ferry, à une minute à pied ; les lignes 4 et 5 desservent Bowling Green, à environ cinq minutes de marche en descendant Broadway ; les lignes J et Z s'arrêtent à Broad Street, un peu plus haut dans le Financial District. Côté bus, les lignes M15, M20 et M55 marquent l'arrêt à proximité immédiate. Si vous arrivez à pied depuis Wall Street ou le pont de Brooklyn, comptez une quinzaine à une vingtaine de minutes en longeant l'East River vers le sud. Sur Staten Island, le terminal de St. George est directement relié au Staten Island Railway et à une grande gare routière, ce qui en fait l'une des rares correspondances train-bateau directes encore en activité aux États-Unis.

Adresse : 4 South St, New York, NY 10004



Voir la carte en plein écran sur OpenStreetMap

Le terminal est accessible aux personnes à mobilité réduite, avec ascenseurs et escaliers mécaniques dans les deux gares maritimes. Les vélos sont acceptés à bord : une entrée dédiée au niveau du sol permet d'embarquer sans passer par le bâtiment, à condition de mettre pied à terre et de ranger sa monture dans l'espace prévu. Les voitures, en revanche, ne sont plus transportées depuis le début des années 2000.

Nos conseils pour réussir la traversée

Premier réflexe, le plus important : la traversée dure environ vingt-cinq minutes, mais l'aller-retour ne se fait pas d'une traite. La réglementation des garde-côtes impose de débarquer à l'arrivée et de repasser par le terminal pour reprendre un bateau dans l'autre sens. Prévoyez donc une heure à une heure et quart au total, temps d'attente compris. Les départs ont lieu toutes les demi-heures environ, avec des rotations plus rapprochées aux heures de pointe.

Deuxième conseil : évitez justement les heures de pointe du matin et du soir en semaine. Les bateaux sont alors bondés de navetteurs pressés, les places assises côté fenêtre sont prises d'assaut, et l'ambiance n'a plus grand-chose de contemplatif. Le milieu de journée, le week-end ou la soirée sont bien plus agréables. Placez-vous sur le côté droit du bateau au départ de Manhattan pour avoir la statue de la Liberté de votre côté, et à gauche au retour — ou installez-vous carrément sur le pont extérieur arrière, qui offre la meilleure vue sur le skyline.

Dernier point, et il vaut la peine d'être répété : personne ne vend de billets pour le Staten Island Ferry, puisqu'il est gratuit. Si quelqu'un vous propose un ticket aux abords du terminal, il ne s'agit pas du ferry municipal. Les informations officielles sur le service se consultent sur le site du département des transports de la ville de New York.

Une fois arrivé à St. George

Beaucoup de visiteurs se contentent de faire demi-tour, et c'est déjà très bien. Mais si vous avez du temps, sachez que le terminal de St. George se trouve sur Richmond Terrace, à quelques pas du Borough Hall de Staten Island et du palais de justice du comté de Richmond, deux édifices institutionnels qui donnent au quartier son allure de petite ville dans la ville. Le contraste avec la densité de Manhattan est saisissant : en vingt-cinq minutes de bateau, vous avez changé d'échelle et presque d'époque. Le Staten Island Railway, dont le terminus est intégré au bâtiment, permet ensuite de descendre vers le sud de l'île.

Que vous choisissiez d'explorer ou de repartir aussitôt, retenez ceci : peu de villes offrent gratuitement une entrée aussi spectaculaire. Entre l'histoire deux fois centenaire de la ligne, les grands bateaux orange et la baie qui s'ouvre devant vous, le Staten Island Ferry mérite largement sa place dans votre programme new-yorkais — idéalement en fin d'après-midi, quand la lumière dore les façades et que la ville commence à s'allumer.

 


Article co-rédigé avec l'aide d'une IA, vérifié et enrichi par notre équipe.