New York regorge de salles emblématiques, mais aucune ne dégage l'aura si particulière du Radio City Music Hall. Nichée en plein cœur de Midtown Manhattan, cette salle de spectacle Art déco a vu défiler danseurs, musiciens et stars de cinéma depuis plus de neuf décennies. Si vous préparez votre séjour et que vous cherchez une étape qui mêle architecture, histoire et paillettes new-yorkaises, voici pourquoi le Radio City Music Hall mérite une place de choix dans votre itinéraire.
Un théâtre Art déco né en pleine Grande Dépression
L'histoire du Radio City Music Hall commence dans un contexte pour le moins inattendu : celui de la Grande Dépression. Alors que l'économie américaine traverse l'une des périodes les plus sombres de son histoire, le magnat John D. Rockefeller Jr. s'associe à l'impresario Samuel « Roxy » Rothafel pour donner naissance à un vaste complexe de divertissement, qui deviendra le Rockefeller Center. Roxy rêve d'un théâtre populaire, une sorte de palais du spectacle accessible à toutes les bourses, où le grand public pourrait profiter d'un luxe jusqu'alors réservé à une élite fortunée. Le pari est audacieux, presque insensé pour l'époque, mais il donnera naissance à l'un des lieux les plus reconnaissables de la ville. Le chantier du Rockefeller Center, qui rassemble à terme plusieurs immeubles autour de cette salle emblématique, est alors l'un des plus vastes projets immobiliers privés jamais entrepris à Manhattan, et sa réalisation en pleine crise économique en fait un symbole d'optimisme pour toute une génération de New-Yorkais.
La salle ouvre ses portes le 27 décembre 1932, sous le surnom de « Showplace of the Nation ». Dès son inauguration, elle s'impose comme le plus grand théâtre intérieur du monde, une prouesse à la fois architecturale et technique. L'extérieur est conçu par l'architecte Edward Durell Stone, tandis que l'intérieur est signé Donald Deskey, qui remporte le concours face à d'autres designers de renom de l'époque. Le résultat est un enchaînement de salons, de foyers et d'espaces communs entièrement pensés dans l'esprit Art déco : feuille d'or, aluminium, marbre, laque et essences de bois exotiques se répondent du sol au plafond. Cette reconnaissance ne s'est jamais démentie avec le temps : la salle est aujourd'hui classée National Historic Landmark, une distinction qui protège durablement son architecture pour les générations futures.
La toute première soirée d'ouverture, en 1932, reste d'ailleurs un morceau d'anecdote savoureux pour qui s'intéresse à l'histoire du music-hall new-yorkais. Le programme inaugural, très long et mêlant numéros de music-hall, ballet et intermèdes musicaux, avait été pensé comme une démonstration totale du savoir-faire de la maison. Le public, séduit par la salle elle-même mais moins par la longueur du spectacle, a poussé les producteurs à revoir rapidement leur copie : les revues suivantes furent resserrées, plus rythmées, plus proches de ce que l'on connaît aujourd'hui. Cette capacité à se réinventer dès les premiers jours annonçait déjà l'esprit qui allait animer la salle pendant près d'un siècle.
Une salle pensée pour éblouir
Passé les portes du hall d'entrée, le visiteur est saisi par l'ampleur des volumes. Le grand foyer s'étire sur plusieurs étages, tout en longueur, ponctué de lustres démesurés, de miroirs biseautés et d'un tapis dessiné sur mesure aux tons chauds d'or, de rouge et de brun. Au fond de cet immense espace, une fresque monumentale signée de l'artiste Ezra Winter, intitulée « The Fountain of Youth », domine la volée de marches qui mène aux mezzanines : elle s'inspire d'une légende amérindienne autour de la quête d'éternelle jeunesse, et sa palette de rouges profonds et de dorés en fait l'un des points de repère favoris des visiteurs de passage. L'auditorium, lui, a été dessiné pour donner l'illusion d'un soleil levant : les lignes du plafond et de la scène se déploient en arcs concentriques dorés, comme des rayons de lumière qui enveloppent chaque spectateur, où qu'il soit assis dans la salle. Avec près de 6 000 places, cette dernière reste aujourd'hui encore l'une des plus vastes salles de spectacle intérieures des États-Unis.
Derrière ce faste se cache une prouesse d'ingénierie assez stupéfiante pour les années 1930. La scène repose sur plusieurs plateformes hydrauliques indépendantes, capables de monter, descendre ou s'incliner pour faire apparaître un orchestre entier ou changer un décor en quelques secondes à peine. Ce système, conçu à l'origine pour alterner projections de films et revues live à l'époque où le Radio City Music Hall fonctionnait comme un immense cinéma-palace, continue d'impressionner les techniciens de spectacle du monde entier. Le rideau de scène, l'un des plus grands jamais fabriqués pour un théâtre, participe lui aussi à cette impression de démesure dès que l'on pénètre dans la salle.
Le Wurlitzer, un instrument hors norme
Autre curiosité technique qui vaut à elle seule le détour : l'orgue surnommé le « Mighty Wurlitzer », installé dès 1932. Avec plus de 4 000 tuyaux répartis dans des chambres situées de part et d'autre de la scène, et deux consoles jumelles distantes de plusieurs dizaines de mètres l'une de l'autre, il s'agit du plus grand orgue de théâtre jamais construit par la maison Wurlitzer. Conçu davantage comme un véritable instrument de concert que comme un simple accompagnement de films muets, il a fait l'objet d'une restauration complète à la fin des années 1990 et continue d'accompagner certains spectacles aujourd'hui. Les organistes qui en jouent doivent même se glisser par un passage étroit pour rejoindre leur poste, invisibles du public jusqu'aux premières notes.
Les Rockettes, l'âme du music-hall
Impossible d'évoquer le Radio City Music Hall sans parler des Rockettes, la troupe de danse de précision qui en est devenue le symbole absolu. Leur histoire commence pourtant loin de Manhattan : c'est à Saint-Louis, dans le Missouri, que le chorégraphe Russell Markert fonde en 1925 les « Missouri Rockets », une ligne de danseuses inspirée des Tiller Girls britanniques et des revues Ziegfeld qui l'avaient fasciné quelques années plus tôt. Repérée par Roxy Rothafel, la troupe grandit, se rebaptise un temps les « Roxyettes » le temps de quelques saisons, avant de devenir définitivement les Rockettes à l'ouverture du Radio City Music Hall en 1932.
Ce qui fait la renommée des Rockettes depuis un siècle, c'est avant tout leur précision quasi militaire. Chaque geste, chaque kick est exécuté à l'unisson par des dizaines de danseuses alignées, créant l'illusion d'un seul et même corps de ballet qui respire au même rythme. Les danseuses les plus grandes sont traditionnellement placées au centre de la ligne, les plus petites aux extrémités, afin de renforcer encore cet effet d'uniformité parfaite. Cette rigueur, transmise de génération en génération de danseuses, a fait des Rockettes une véritable institution du spectacle américain, bien au-delà des frontières de New York.
Devenir Rockette ne s'improvise pas. Les candidates doivent maîtriser aussi bien le tap dance que le jazz, le ballet ou la danse moderne, et répondre à des critères de taille précis, pensés pour garantir l'harmonie visuelle de la ligne une fois les danseuses alignées côte à côte. Les auditions, très sélectives, attirent chaque année des centaines de danseuses venues de tout le pays, pour seulement quelques places disponibles au sein de la troupe. Cette exigence de discipline, entretenue depuis les débuts de la compagnie, explique en grande partie pourquoi les Rockettes continuent de fasciner autant les New-Yorkais que les visiteurs de passage.
Au fil des décennies, les Rockettes ne se sont d'ailleurs pas contentées de la scène du Music Hall : on les a vues défiler lors du célèbre défilé de Thanksgiving organisé par les grands magasins de la ville, se produire lors de mi-temps de rencontres sportives majeures, ou même honorer de leur présence des cérémonies d'investiture présidentielle à Washington. Cette notoriété qui dépasse largement le cadre du théâtre en dit long sur la place qu'occupe la troupe dans la culture populaire américaine.
Une scène pour tous les grands rendez-vous

L'enseigne éclairée du Radio City Music Hall de New York la nuit
Depuis son ouverture, le Radio City Music Hall n'a cessé de se réinventer. Salle de cinéma et de revues dans les années 1930 et 1940, elle a accueilli les avant-premières de nombreux films hollywoodiens de l'âge d'or, avant de recentrer progressivement sa programmation sur le spectacle vivant à la fin des années 1970. Concerts, remises de prix, galas caritatifs : la scène a vu passer des artistes de tous les horizons musicaux, ainsi que plusieurs cérémonies très suivies au fil des décennies, parmi lesquelles des éditions des Grammy Awards, des Tony Awards ou encore des cérémonies récompensant le monde du sport et de la télévision américaine.
Chaque année, à l'approche des fêtes de fin d'année, la salle renoue avec l'une de ses traditions les plus attendues : le grand spectacle de Noël mettant en scène les Rockettes, entre tableaux costumés, numéros de patinage et parade de jouets grandeur nature. Cette tradition, née dans les années qui ont suivi l'ouverture du théâtre, continue de rythmer la vie culturelle de Manhattan chaque hiver et attire, saison après saison, des visiteurs venus du monde entier, autant que des familles new-yorkaises pour qui la sortie est devenue un rituel.
En dehors de cette période hivernale, la programmation reste tout aussi éclectique : concerts d'artistes internationaux, spectacles d'humour, comédies musicales ponctuelles ou encore documentaires et projections spéciales continuent de faire vivre la salle toute l'année. C'est cette diversité de programmation, associée au prestige du lieu, qui pousse encore aujourd'hui de nombreux artistes à rêver de fouler un jour la scène du Radio City Music Hall.
Ce statut de scène polyvalente explique aussi pourquoi la salle continue d'attirer un public si varié, des familles venues admirer les décors de saison jusqu'aux amateurs de musique en quête d'une acoustique et d'un cadre hors du commun. Peu de salles dans le monde peuvent se targuer d'avoir accueilli, sous un même toit et dans le même décor Art déco, aussi bien des remises de trophées télévisées que des tournées de légendes de la musique populaire ou des kicklines synchronisées à la seconde près.
Visiter le Radio City Music Hall
Le Radio City Music Hall se situe sur la Sixième Avenue, en plein cœur de Midtown, à deux pas du Rockefeller Center dont il fait pleinement partie. Sa position centrale en fait une étape facile à combiner avec une balade sur la 5th Avenue, un passage par Times Square ou encore une halte devant la cathédrale St Patrick's, à quelques minutes de marche seulement. Si vous aimez prolonger la soirée dans ce quartier animé, les spectacles de Broadway se trouvent eux aussi à deux pas.
Vous n'avez pas de billet pour un concert ou un spectacle en particulier ? Ce n'est pas un problème : des visites guidées permettent de découvrir les coulisses de la salle, y compris certains espaces habituellement fermés au public, comme les dessous techniques de la scène ou des salons historiques de l'immeuble. Ces visites racontent avec passion l'histoire du bâtiment, ses secrets d'architecture et sa place unique dans la culture new-yorkaise, pour un moment qui plaira autant aux passionnés d'histoire qu'aux amateurs de spectacle.
Côté organisation, gardez à l'esprit que la salle vit au rythme de sa programmation : mieux vaut donc vérifier à l'avance les dates de spectacles, de concerts ou de visites guidées avant de construire votre emploi du temps autour de cette étape. Comme le quartier environnant regorge d'autres attractions à quelques minutes de marche, prévoyez des chaussures confortables et profitez-en pour enchaîner plusieurs visites dans la même journée : la patinoire du Rockefeller Center, l'observatoire du Top of the Rock ou encore les vitrines des grands magasins de la 5th Avenue se prêtent parfaitement à une escapade combinée, en particulier lorsque la ville revêt ses habits de fête en hiver. Pour connaître la programmation en cours et les modalités de visite, le mieux reste de consulter directement le site officiel de Radio City Music Hall avant de vous déplacer.
Une étape incontournable de votre séjour à New York
Entre son architecture Art déco exceptionnelle, son histoire intimement liée à celle du Rockefeller Center et la légende vivante des Rockettes, le Radio City Music Hall incarne à lui seul une certaine idée du glamour new-yorkais, celle des grandes salles de spectacle qui ont façonné l'image de la ville dans le monde entier. Que vous y assistiez à un concert, à une remise de prix ou simplement à une visite guidée en journée, vous repartirez avec l'image d'une salle où l'histoire du spectacle américain continue de s'écrire, saison après saison. Peu de bâtiments à New York réussissent à concentrer autant de récits différents sous un même toit : prouesse architecturale des années 1930, fierté new-yorkaise pendant les heures les plus sombres de la Grande Dépression, scène de légende pour les Rockettes, et vitrine du meilleur du spectacle américain depuis près d'un siècle. C'est sans doute cette accumulation de couches d'histoire qui rend la visite du Radio City Music Hall si particulière, bien au-delà du simple plaisir des yeux.
