Le Rockefeller Center

Mis à jour le 31/08/2026

Il y a des endroits à New York où l'on finit toujours par arriver, comme si toutes les rues de Midtown y menaient. Coincé entre la Cinquième Avenue et l'Avenue of the Americas, le Rockefeller Center aligne dix-neuf bâtiments, une esplanade en contrebas, une statue dorée qui accroche la lumière et cette drôle de sensation d'être entré dans une petite ville posée à l'intérieur de la grande. Art déco jusqu'au bout des bas-reliefs, né en pleine Grande Dépression, il concentre en trois blocs de rues une patinoire mythique, une salle de spectacle légendaire, des studios de télévision et l'un des plus beaux panoramas de Manhattan. Voici tout ce qu'il faut savoir avant d'y poser vos valises… ou plutôt vos semelles.

 


L'histoire du Rockefeller Center : une ville dans la ville

Un opéra rêvé qui n'a jamais vu le jour

Avant d'être un symbole de New York, le terrain n'était qu'un vieux morceau de Manhattan un peu oublié. Il abritait autrefois le premier jardin botanique de la ville, créé par le médecin David Hosack, avant d'appartenir à l'université Columbia à partir de 1814. Un siècle plus tard, l'endroit était surtout occupé par des brownstones et des logements à loyer modéré.

Depuis le début des années 1920, le Metropolitan Opera cherchait à quitter le Garment District, et le projet initial prévoyait donc un grand opéra entouré de bâtiments annexes. John Davison Rockefeller Junior signa avec Columbia un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans pour porter l'ensemble. Puis le krach de 1929 est passé par là : l'opéra fut abandonné, et l'héritier se retrouva seul face à un engagement colossal.

Il fallait donc trouver d'autres locataires. Rockefeller obtint le soutien de trois géants de la radio naissante : la Radio Corporation of America (RCA), la National Broadcasting Company (NBC) et la Radio Keith Orpheum (RKO). C'est de là que vient le surnom de « Radio City », qui colle encore aujourd'hui à la peau du quartier et de sa salle de spectacle.

Un chantier hors norme en pleine Grande Dépression

Construire au plus fort de la crise relevait du pari. Ce fut pourtant le plus grand projet immobilier privé de l'époque : quatorze bâtiments Art déco, quelque 4 000 ouvriers new-yorkais employés sur le chantier, et une facture d'environ 250 millions de dollars. Le maître d'œuvre était John R. Todd, l'architecte principal Raymond Hood, entouré des plus grands cabinets du moment et d'un jeune Wallace Harrison qui deviendra plus tard l'architecte attitré de la famille.

Les travaux s'achevèrent en 1939, lorsque John Davison Junior posa lui-même le dernier rivet, en argent, sur le 10 Rockefeller Plaza. Le résultat : un ensemble d'une remarquable unité, tout en symétrie et en lignes épurées, habillé de calcaire gris de l'Indiana. On parlait déjà d'« une ville dans la ville », expression employée par le maire de New York en 1939, et pour cause : bureaux, commerces, restaurants et équipements de loisirs cohabitaient pour la première fois dans un même grand ensemble.

L'autre innovation, plus discrète, se cache sous vos pieds. Le réseau souterrain de galeries piétonnes reliant les bâtiments constituait une petite révolution urbaine, qui servira ensuite de modèle à d'autres projets américains, comme Peachtree à Atlanta ou l'Embarcadero à San Francisco. Malgré cette modernité (ascenseurs performants, air climatisé), le complexe ne fut pleinement occupé qu'à partir de 1941.

Rockefeller Center New York
Le Rockefeller Center

Le Rockefeller Center a d'ailleurs connu une seconde vie après-guerre. Le complexe s'est étendu vers l'ouest le long de l'Avenue of the Americas, avec quatre tours supplémentaires construites dans les années 1960 et 1970. Classé National Historic Landmark en 1987, il fut racheté en 1989 par la société japonaise Mitsubishi Estate, avant de passer en 2000 entre les mains de Tishman Speyer Properties, son propriétaire actuel.

Du RCA Building au Comcast Building

La pièce maîtresse, c'est le 30 Rockefeller Plaza, familièrement appelé « 30 Rock ». Achevé en 1933, ce gratte-ciel de 259 mètres et 70 étages a d'abord porté le nom de RCA Building, puis de GE Building après le rachat de RCA par General Electric dans les années 1980, avant de devenir le Comcast Building. Contrairement à l'Empire State Building ou au Chrysler Building, il n'a ni flèche ni couronne : son toit est plat, dessiné pour évoquer le pont d'un paquebot, et sa silhouette effilée en fait l'une des architectures les plus originales de Manhattan.

C'est aussi sur ce chantier qu'a été prise, en 1932, l'une des photographies les plus célèbres du XXe siècle, Lunchtime atop a Skyscraper, où l'on voit des ouvriers déjeuner tranquillement assis sur une poutre, dans le vide et sans la moindre sécurité. Au 65e étage se trouve la légendaire Rainbow Room, et trois étages entre le 54e et le 56e abritaient historiquement les bureaux de la famille Rockefeller.

Détail moins connu : pendant la Seconde Guerre mondiale, l'International Building North accueillit les principaux locaux des services de renseignement britanniques aux États-Unis, ainsi que la fameuse Room 3603 et le bureau d'Allen Dulles, futur premier directeur civil de la CIA. Chaque samedi midi, la sirène d'alerte aérienne retentissait depuis le sommet du gratte-ciel.

L'art du Rockefeller Center : un musée à ciel ouvert

Prométhée et les Channel Gardens

Depuis la Cinquième Avenue, on descend vers le cœur du complexe par une allée en pente douce bordée de parterres : les Channel Gardens. Le nom est un jeu de mots géographique, puisque ces jardins séparent la Maison Française du British Empire Building, exactement comme la Manche sépare les deux pays. Conçus pour adoucir l'austérité des façades grises, ils changent d'aspect au fil des saisons et sont ponctués de petites fontaines dessinées par René Chambellan.

Au bout de la perspective trône la star absolue des lieux : le Prométhée de Paul Manship. Cette statue de bronze doré, d'environ six mètres et huit tonnes, représente le Titan de la mythologie grecque apportant le feu à l'humanité. Derrière elle, un mur de granit porte une citation d'Eschyle. Amusant paradoxe : bien qu'elle soit régulièrement citée parmi les statues les plus connues des États-Unis, Manship n'en était pas particulièrement fier. Le modèle qui posa pour l'œuvre en 1933 était le culturiste Leonardo Nole.

Atlas, la Sagesse et les reliefs des façades

Sur la Cinquième Avenue, face à la cathédrale Saint-Patrick, un second Titan vous attend : l'Atlas de Lee Lawrie et René Chambellan, érigé en 1936. Musculature exagérée, voûte céleste sur les épaules, dominé par les 38 étages de l'International Building, c'est la sculpture la plus imposante du Rockefeller Center.

Levez ensuite les yeux au-dessus de l'entrée principale du 30 Rock : le bas-relief Wisdom, également signé Lee Lawrie, met en scène un vieillard barbu dissipant les nuages de l'ignorance, inspiré d'une peinture de William Blake, accompagné d'une citation biblique tirée d'Isaïe. À l'entrée ouest du même bâtiment, la mosaïque de Barry Faulkner intitulée Intelligence Awakening Mankind, installée en 1933, évoque une vague sonore rappelant la présence des studios de NBC : vingt-six mètres sur cinq, un million de pièces d'émail de verre et plus de 250 couleurs.

 

La liste est longue : le relief en acier inoxydable News d'Isamu Noguchi, achevé en 1937 au-dessus du 50 Rockefeller Plaza, les disques en métal émaillé d'Hildreth Meiere sur la façade du Radio City Music Hall, les bas-reliefs d'Alfred Janniot célébrant l'amitié franco-américaine devant la Maison Française, les bronzes de Carl Paul Jennewein, les sculptures de Gaston Lachaise… Au total, trente-neuf artistes internationaux ont réalisé près d'une centaine d'œuvres dans les années 1930. Prenez le temps de flâner le nez en l'air : c'est gratuit, et c'est l'une des plus belles collections d'art public du pays.

La fresque effacée de Diego Rivera

Toutes les commandes ne se sont pas terminées aussi paisiblement. En 1932, Nelson Rockefeller commanda au peintre mexicain Diego Rivera une fresque de cent mètres carrés pour le hall du futur gratte-ciel. Problème : l'œuvre finale intégrait des scènes du 1er mai moscovite et un portrait très reconnaissable de Lénine, absent des croquis initiaux.

Nelson demanda à l'artiste de remplacer ce visage par un portrait anonyme. Rivera refusa, proposant même d'ajouter Abraham Lincoln pour équilibrer. La fresque fut recouverte, puis détruite neuf mois plus tard, malgré plusieurs tentatives de sauvetage, dont un projet de transfert au Museum of Modern Art. Rivera en recréa plus tard une version modifiée à Mexico, d'après une photographie prise par sa femme Frida Kahlo. Sur le mur ouest du Grand Lobby, c'est finalement l'immense American Progress du Catalan José Maria Sert, avec ses portraits de Lincoln et d'Emerson, que vous verrez aujourd'hui. Anecdote supplémentaire : Picasso et Matisse avaient été sollicités pour décorer les lieux, mais n'ont finalement pas participé au projet.

Que faire au Rockefeller Center : Top of the Rock, Radio City et NBC

Top of the Rock, le panorama qui rivalise avec l'Empire State

Le premier observatoire du gratte-ciel date de 1933. Fermé puis entièrement rénové pour 75 millions de dollars par Tishman Speyer, il a rouvert au public en 2005 sous le nom de Top of the Rock. Il occupe les trois derniers niveaux du bâtiment, du 67e au 70e étage, et propose au passage une exposition multimédia retraçant la construction du complexe.

Là-haut, la plateforme du 70e étage offre un panorama à 360 degrés sur la ville. Son grand avantage sur l'Empire State Building ? Vous avez justement l'Empire State dans le champ, au sud, tandis que le nord s'ouvre sur le rectangle vert de Central Park. Difficile de faire plus new-yorkais, et c'est l'une des raisons pour lesquelles cet observatoire figure toujours parmi les lieux incontournables de New York.

Le Radio City Music Hall, « Showplace of the Nation »

Sur l'Avenue of the Americas, impossible de manquer la façade et ses grandes lettres lumineuses. Inauguré le 27 décembre 1932, le Radio City Music Hall fut, à son ouverture, le plus grand théâtre couvert du monde avec 5 933 fauteuils. Son décorateur Donald Deskey a écarté les fioritures rococo alors à la mode pour un Art déco radical, tout en formes géométriques, verre, aluminium et chrome.

La grande scène, large de 44 mètres et profonde de 20, évoque un soleil couchant. Son système d'ascenseurs scéniques était si sophistiqué que l'U.S. Navy s'en est inspirée pour les systèmes hydrauliques de ses porte-avions pendant la Seconde Guerre mondiale — la légende raconte même que des agents gouvernementaux surveillaient les sous-sols pour préserver ce secret technologique. C'est ici que se produisent les Rockettes et que se joue chaque année, à l'approche des fêtes, le Radio City Christmas Spectacular. Si les salles mythiques vous attirent, vous apprécierez aussi le Carnegie Hall, à quelques stations de là.

NBC et le mythique Studio 8H

Le 30 Rockefeller Plaza abrite le siège de NBC et la plupart de ses studios new-yorkais. Le plus célèbre d'entre eux, le Studio 8H, fut un temps le plus grand studio du monde : il accueillait l'orchestre symphonique de NBC dirigé par Arturo Toscanini, avant de devenir le plateau du Saturday Night Live. Ajoutez à cela les galeries commerçantes souterraines, les restaurants et le siège new-yorkais de la maison d'enchères Christie's, et vous comprendrez pourquoi plus de 65 000 personnes travaillent quotidiennement dans le complexe.

Visiter le Rockefeller Center : saisons, ambiances et accès

La patinoire, le sapin et les galeries souterraines

La Lower Plaza change de visage au fil de l'année. À la belle saison, elle accueille un restaurant et un bar en plein air ; en automne et en hiver, elle se transforme en patinoire de plein air. Ouverte pour la première fois à Noël 1936, celle-ci remporta un succès immédiat auprès des New-Yorkais comme des visiteurs, et elle n'a jamais désempli depuis.

À la fin du mois de novembre, l'un des sapins de Noël les plus célèbres du monde est installé au-dessus de la statue de Prométhée, et son illumination donne lieu à une cérémonie suivie bien au-delà des frontières américaines. C'est clairement l'un des temps forts d'un séjour hivernal : retrouvez toutes nos idées pour visiter New York en hiver, et si vous prolongez jusqu'au 31 décembre, sachez que le Nouvel An à New York se joue à quelques rues de là.

Par mauvais temps, glissez-vous dans le réseau de galeries souterraines, l'une des parties les moins connues du site. Ces passages piétons s'étendent de la 47e à la 51e Rue et de la Cinquième à la Septième Avenue, avec boutiques et restaurants, un corridor en fer à cheval autour de la patinoire et un accès direct au métro. Vous pouvez y prendre le pouls du Rockefeller Center sans jamais sortir votre parapluie. Pour les horaires, les expositions temporaires et les modalités de visite, consultez le site officiel du Rockefeller Center.

Comment s'y rendre

C'est l'un des sites les plus faciles d'accès de Manhattan. Le plus simple est la station 47-50 Streets–Rockefeller Center, desservie par les lignes B, D, F et M sous l'Avenue of the Americas : ses sorties débouchent directement dans les galeries souterraines du complexe, vous êtes donc arrivé sans même avoir mis le nez dehors. Les lignes N, R et W s'arrêtent à la station 49 Street, et la ligne 1 à 50 Street, toutes deux à cinq minutes de marche vers l'est. Depuis la Cinquième Avenue, la station 5 Av/53 St (lignes E et M) est également toute proche. De nombreuses lignes de bus circulent sur les Cinquième et Sixième Avenues. Côté repères, la cathédrale Saint-Patrick vous fait face sur la Cinquième Avenue, Times Square est à une dizaine de minutes à pied vers le sud-ouest et l'entrée sud de Central Park à un petit quart d'heure vers le nord. Pour tout comprendre au réseau, jetez un œil à notre guide pour se déplacer à New York.

Adresse : 45 Rockefeller Plaza, New York, NY 10111



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Un dernier conseil : venez-y deux fois. Une première en journée, pour les sculptures, les jardins et la vue depuis le sommet ; une seconde à la nuit tombée, quand l'éclairage théâtral sculpte les façades et que les néons du Radio City s'allument. Le Rockefeller Center n'est pas un monument qu'on coche sur une liste, c'est un morceau de ville qu'on traverse, qu'on redescend, qu'on retraverse encore.

Et si vous cherchez la meilleure photo, tenez-vous sur la Cinquième Avenue, dans l'axe des Channel Gardens : les parterres filent vers le bas, Prométhée brille au fond, et la lame grise du gratte-ciel se dresse pile derrière. Cette perspective a été pensée dans les années 1930 pour produire exactement cet effet. Près d'un siècle plus tard, ça fonctionne toujours.

 


Article co-rédigé avec l'aide d'une IA, vérifié et enrichi par notre équipe.